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  • gbourdon

La Fable des Traducteurs

La Société, toujours en cours de fabrication, souffrait d’un sculpteur étourdi quoique bien intentionné.  

Ce sculpteur, pour produire de la beauté, avait appris qu’il fallait retirer ce qu’il faut à la matière qu’il travaille, qu’il fallait la «simplifier».

Pour montrer que la matière que l’on travaille a du génie, il faut la séparer progressivement de l’inessentiel, à mesure qu’elle le murmure.  

Mais voilà, il retirait de plus en plus de «nous» et laissait toute la place au «moi», ce qui produisait l’inverse d’un monde, un «immonde».   

Un Traducteur vint à sa rencontre pour lui exprimer ce qu’était une 

Société. Pour traduire ce qu’était le «nous», il lui exprima ceci :  

«Une cité est faite de compli-cité.  

Il y a plus de vérité dans la simplicité d’un cœur à cœur que dans tous les textes sacrés.  

Il y a toujours un terrain d’entente à trouver pour peu qu’on creuse les désirs comme il faut.  

Certains dialogues creusent notre désir au point de découvrir sur nous-mêmes de nouveaux talents. 

Ce qu’il faut libéraliser, c’est les possibilités de dialogue. Ce qu’il faut contraindre, ce sont les savoirs.  

Lorsqu’un regard entre en orbite sur la planète d’un autre, c’est la création d’un monde nouveau qui est en jeu.  

Nos plus grandes amitiés nous ressuscitent jour après jour.  

Débarrassés de nos masques sociaux, nous nous abreuvons tous aux mêmes racines du ciel. 

Une réelle rencontre est à l’image d’une tornade de lumière qui vous aspire, vous garde au ciel, et jette au sol vos anciens habits d’homme compliqué.  

Tout ce qui est, autour de nous, nous parle du «nous» et de son importance.  

Ce «nous» est le synonyme de la Fraternité, du compagnonnage. 

Nous ne pouvons reconstruire le monde que si ce «nous» existe. 

Si tu n’es encore pas convaincu, vois comment la Fraternité qui relie le brin d’herbe au soleil lui donne le dessus sur le plus implacable des bitumes.  

La Fraternité est ce bon pain d’antan que l’on embrassait avant de le partager.

La Fraternité empêche la liberté d’être égoïste et l’égalité condescendante.»  

En hâte, le sculpteur se mit à enlever du «moi» pour rééquilibrer son œuvre, laissa intact les morceaux de «nous», les couvrit de cire – comme pour mieux traduire -leur importance – et se mit à voir combien la Société était belle.

Ce jour-là, le sculpteur devint à son tour Traducteur, conscient qu’il fallait révéler dans le réel le goût du «nous». Il commença alors à dire «Je», puis bien vite …« Je suis un Traducteur ».  

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